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Adieux émouvants, officiels et populaires à Michel Eddé
2019-11-06

À la cathédrale Saint-Georges, inaccessible en raison des manifestations, s’est substituée l’église Saint-Joseph de la Sagesse, à Achrafieh. Le Liban officiel et populaire, toutes classes confondues, a fait d’émouvants adieux hier à l’ancien ministre Michel Eddé (91 ans), décédé dimanche à son domicile des suites d’une longue maladie contre laquelle il luttait depuis des années. Les obsèques de l’ancien ministre et homme d’État se sont tenues en l’église Saint-Joseph de la Sagesse, à l’archevêché maronite de Beyrouth, faute de pouvoir être organisées dans la cathédrale Saint-Georges des maronites, tel que l’avait souhaité de son vivant le grand disparu en présence du ministre de l’économie et du commerce Mansour Bteich représentant le président de la République Michel Aoun, le député Marwan Hamade représentant le chef du parlement Nabih Berri, l’ancien ministre Ghattas Khoury représentant le chef du cabinet Saad Hariri. Etaient présents également plusieurs personnalités officielles, sociales, militaires, ainsi que le président de la Société des membres de la Légion d’honneur- Liban Cheikh Michel el Khoury et le secrétaire générale de la SMLH Rafic Chlala. La cathédrale s’est en effet avérée trop proche de l’espace occupé par les manifestants des places Riad el-Solh et des Martyrs. Le corps a été inhumé dans le caveau de famille, au cimetière de Ras el-Nabeh.

C’est l’archevêque maronite de Beyrouth, Boulos Abdel Sater, qui a conduit le service funèbre, assisté de l’évêque maronite de Jbeil, Michel Aoun, en présence notamment du métropolite de Beyrouth, Élias Audi, et de l’évêque arménien-orthodoxe du Liban, Chahé Panossian.
 

Le cœur lourd

Dans son oraison funèbre, lue par le P. Issam Ibrahim, le patriarche Raï devait faire allusion à la situation politique très particulière contre laquelle se sont soulevés les Libanais, affirmant que Michel Eddé est décédé « le cœur lourd, attristé par un Liban défiguré par une pratique qui lui fait perdre peu à peu conscience de sa vocation politique telle que la lui a dessinée Michel Chiha, et telle qu’il l’a formulée dans la Constitution : celle d’être un espace de vivre-ensemble, d’unité dans la diversité, de dialogue d’ouverture et de liberté, dans un pari sur la citoyenneté comme base de l’appartenance au Liban ».

« Tel était le credo que professait publiquement Michel Eddé, a ajouté le patriarche, un credo qu’il a vécu et incarné dans tout ce qu’il a entrepris comme avocat ou homme d’affaires, comme patron de presse et comme homme politique et d’État, comme ministre et président d’association, et surtout comme homme d’une profonde humanité qui a su faire preuve de compassion et manifester une générosité aussi joyeuse que discrète, ainsi que comme homme de sagesse au savoir encyclopédique, doté d’une vision nationale de grande clarté. »

Le patriarche maronite a relevé en particulier qu’ayant été le contemporain de la Nakba de 1948, Michel Eddé avait pris fait et cause pour la Palestine et son peuple, et enrichi au-delà de tout ce qu’on peut imaginer ses connaissances du mouvement sioniste et de ses convoitises, pour défendre la cause palestinienne, le Liban et le monde arabe.

Un bâtisseur

Sur le plan ecclésial, Mgr Raï a souligné en particulier le rôle joué par Michel Eddé comme président, quatre années durant, de la Ligue maronite, dont il a « corrigé le cours et révisé les statuts ». Il a également parlé de son rôle de bâtisseur dans la restauration de la cathédrale Saint-Georges, dans le centre-ville, et souligné le caractère proprement visionnaire de la création en 2008, de concert avec le patriarche Nasrallah Sfeir, de la Fondation maronite dans le monde, une institution chargée de la promotion de la citoyenneté libanaise à travers la diaspora.

À la fin de l’oraison funèbre, le ministre Mansour Bteich a pris la parole et, au nom du président Michel Aoun, a remis à Michel Eddé à titre posthume l’insigne de grand commandeur de l’ordre du Cèdre. Au ministre a succédé l’ancien bâtonnier de l’ordre des avocats Antoine Klimos qui, au nom du bâtonnier de Beyrouth André Chidiac, a fait à son tour le panégyrique du ministre décédé.

En soirée, après avoir récité le chapelet aux intentions des jeunes et de leur « soulèvement civilisé et positif » en la chapelle du siège patriarcal, le patriarche Raï devait déclarer : « Vous savez que nous avons perdu ces jours-ci en Michel Eddé, une admirable figure libanaise, de celles qui ont édifié la République libanaise. Prions pour que le Très-Haut le récompense pour ses bonnes œuvres, dont la dernière est la création de la Fondation maronite dans le monde, dont la vocation est d’aider les émigrés d’ascendance libanaise à recouvrer leur nationalité. Prions pour que Dieu nous envoie des personnalités qui donnent et ne prennent pas, et fassent preuve de la même abnégation au service de notre chère patrie. »

 

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